Révolution dans les missions mondiales (Page 8 / 31)

Un e-book de K. P. Yohannan

La semence de l'avenir

En 1971, à Singapour, j'ai été invité à passer un mois dans un nouvel institut fondé par John Haggai. L'établissement, qui n'en était encore qu'à ses débuts, était un lieu pour former les dirigeants d'Églises asiatiques et les encourager à témoigner pour Christ.

Haggai connaissait beaucoup d'histoires. Dans chacune d'elles, les chrétiens étaient toujours des vainqueurs et des géants, des hommes et des femmes qui avaient reçu des visions de Dieu et refusaient de les abandonner. L'attachement à son appel était une vertu très estimée.

Haggai est le premier homme à avoir réussi à me faire croire que rien n'est impossible à Dieu. Avec le temps, j'ai compris que Haggai refusait d'accepter l'impossible. Les limites que les autres acceptaient habituellement n'existaient pas pour lui. Il considérait tout d'une manière globale et selon la perspective de Dieu, refusant d'accepter le péché. Si le monde n'est pas évangélisé, pourquoi ne pas le faire? Si les gens ont faim, que pouvons-nous faire? Haggai refusait d'accepter le monde tel qu'il est. Et j'ai découvert qu'il était prêt à accepter la responsabilité personnelle de devenir un agent de changement.

Vers la fin de mon séjour à l'institut, John Haggai m'a exhorté à faire la plus douloureuse introspection que j'aie jamais eu à faire. Je sais maintenant que cette expérience a provoqué en moi une agitation qui a duré des années et qui m'a finalement poussé à quitter l'Inde pour aller outre-mer à la recherche du but ultime de Dieu pour ma vie.

Au début, le défi de Haggai me paraissait simple. Il m'a demandé d'aller dans ma chambre et d'écrire en une seule phrase la chose la plus importante que j'allais faire du reste de ma vie. Il a souligné que cela ne devait pas être de nature égoïste ou futile. Et de plus, je devais avoir comme but de glorifier Dieu.

Je suis allé à ma chambre pour écrire cette phrase, mais pendant des heures et des jours, ma feuille de papier était demeurée blanche. Inquiet à l'idée de ne pas pouvoir atteindre mon plein potentiel en Christ, j'ai commencé à réévaluer chaque aspect de mon ministère et de ma vie. J'ai quitté la conférence avec cette question qui résonnait toujours dans mes oreilles, et, durant des années, j'ai continué d'entendre les paroles de John Haggai : « Une chose… par la grâce de Dieu, tu dois faire une chose. »

À mon départ de Singapour, je me considérais pour la première fois comme un individu. Jusqu'à ce jour, comme la plupart des Asiatiques, je m'étais vu comme faisant partie d'un groupe, soit ma famille ou l'équipe d'évangélisation. Même si je n'avais aucune idée de l'œuvre que Dieu avait en réserve pour moi comme individu, j'ai commencé à penser à lui offrir le « meilleur de moi-même ». Les graines du changement avaient été semées, et rien ne pouvait arrêter les tempêtes à venir.

Bien que ma grande passion demeurait les villages isolés du nord, je voyageais maintenant partout en Inde.

Au cours d'un de mes voyages en 1973, on m'a invité à enseigner dans une conférence d'Opération mobilisation à Chennai (anciennement Madras). C'est là que, pour la première fois, j'ai été attiré par cette allemande. Elle était étudiante dans une de mes classes et sa foi simple m'impressionnait. Je me suis mis à penser que, si elle avait été indienne, elle serait le genre de femme que j'aimerais épouser un jour.

Un jour, nos regards se sont croisés et sont restés accrochés un court moment, jusqu'à ce que je décide consciemment de rompre le charme en sortant rapidement de la pièce. Je n'étais pas à l'aise dans de tels rapports homme-femme. Dans notre culture, les personnes seules se parlent rarement. Même dans l'église et dans les équipes d'évangélisation, les personnes de sexes opposés sont rigoureusement séparées.

Étant certain de ne plus jamais la revoir, j'ai chassé de ma tête l'image de cette belle allemande. Mais je pensais au mariage. J'avais dressé une liste des six qualités que la femme que j'allais marier devrait posséder et je priais fréquemment pour que le bon choix soit fait pour moi.

Bien sûr, en Inde les mariages sont arrangés par les parents et il faudrait que j'aie confiance en leur jugement dans leur choix de ma partenaire pour la vie. Je me demandais où mes parents trouveraient une femme prête à accepter ma vie d'itinérant et mon engagement à l'œuvre de l'Évangile. La conférence s'est terminée et ces pensées ont vite été remplacées par les projets d'évangélisation pour la saison estivale.

Cet été-là, avec quelques confrères, nous sommes retournés dans tous les villages du Punjab que nous avions visités au cours des années précédentes. Je m'étais déjà rendu plusieurs fois dans cet état et j'étais impatient de voir le fruit de notre ministère.

Cette région nourricière de l'Inde, avec sa population de 24 millions, est dominée par des Sikhs à turbans, des gens férocement indépendants et bons travailleurs, qui ont toujours fait partie de la caste des guerriers.

Avant la séparation de l'Inde et du Pakistan, l'état comptait également une grande population de musulmans. Elle est encore l'une des régions les moins évangélisées et des plus négligées du monde.

Nous avions voyagé et prêché dans les rues de centaines de villes et de villages de cet état durant les deux années précédentes. Bien que des missionnaires anglais aient construit beaucoup d'hôpitaux dans l'état, il y avait très peu de congrégations de croyants. Les Sikhs, qui sont fortement nationalistes, s'entêtaient à refuser de s'intéresser au christianisme parce qu'ils l'associaient au colonialisme britannique.

Je voyageais avec une équipe de plusieurs hommes. Une autre équipe de femmes avait aussi été envoyée dans l'état, et travaillait à partir de Jullundur.

En route vers le nord, où je devais rejoindre l'équipe d'hommes que je dirigerais, je me suis arrêté au siège social du nord de l'Inde, à New Delhi.

À ma grande surprise, l'allemande était là. Cette fois, elle était vêtue d'un sari, un vêtement traditionnel très populaire dans notre pays. J'ai appris qu'elle aussi avait été assignée au Punjab pour l'été, avec l'équipe des femmes.

Le directeur local m'a demandé de la conduire dans le nord, jusqu'à Jullundur. Nous avons donc voyagé dans la même fourgonnette. J'ai appris que son nom était Gisela et plus je la voyais, plus elle m'enchantait. Elle mangeait la nourriture, buvait l'eau et respectait inconsciemment toutes les règles de notre culture. Les quelques paroles que nous avons échangées portaient sur la spiritualité et les villages perdus de l'Inde. J'ai vite réalisé que j'avais trouvé mon âme sœur, qui partageait ma vision et mon appel.

L'amour romantique, pour la plupart des Indiens, est quelque chose qu'on voit seulement dans les livres d'histoire. Les films plus osés, quoiqu'ils traitent souvent de ce concept, prennent toujours soin de finir selon la tradition indienne. Je me retrouvais donc avec le problème de lui avouer mon amour interdit et impossible. Je n'en ai rien dit à Gisela, bien entendu. Cependant, quelque chose dans ses yeux me disait que nous nous comprenions mutuellement. Était-ce Dieu qui voulait nous réunir?

Dans quelques heures, nous serions à nouveau séparés, et je me suis rappelé que j'avais d'autres choses à faire. De toute manière, après l'été, Gisela retournerait en Allemagne et je ne la reverrais probablement plus jamais. Étonnement, nous nous sommes croisés à quelques reprises au cours de l'été. Chaque fois, je sentais que mon amour pour elle grandissait. Puis, j'ai pris le risque de lui exprimer mon amour dans une lettre.

Pendant ce temps, le recensement du Punjab me brisait le cœur. De village en village, nous constations que la documentation et l'enseignement que nous y avions apportés semblaient n'avoir produit aucun effet durable. Le fruit n'avait pas subsisté. La plupart des villages semblaient aussi illettrés et perdus que jamais. Les gens vivaient toujours dans la maladie, la pauvreté et la souffrance. Il me semblait que l'Évangile n'avait pas pris racine.

Dans une ville, je me sentais tellement désespéré que je me suis assis sur le trottoir et j'ai pleuré. J'ai sangloté comme un bébé.

Un démon raillait à mon oreille : « Tes efforts ne servent à rien. Tes paroles coulent sur ces gens comme de l'eau sur le dos d'un canard! » Sans me rendre compte que je m'épuisais, et sans comprendre ce qui se passait dans ma vie spirituelle, je suis tombé en panne d'énergie. Comme Jonas et Élie, j'étais trop épuisé pour continuer. Je ne voyais qu'une chose : le fruit de mon labeur se perdait. Plus que jamais, j'avais besoin de prendre du temps pour réévaluer mon ministère.

J'ai correspondu avec Gisela, qui, entre temps, était retournée en Allemagne. J'ai décidé que je prendrais deux années de congé de mon travail pour étudier et faire des choix concernant ma vocation et la possibilité de me marier.

J'ai envoyé des lettres à l'étranger, étant intéressé à aller étudier dans une école biblique en Angleterre. J'avais aussi reçu des invitations pour aller prêcher dans des églises en Allemagne. En décembre, j'ai pris un billet d'avion pour aller passer Noël en Europe dans la famille de Gisela.

C'est alors que j'ai ressenti les premières secousses d'un choc culturel comparable à un tremblement de terre. La neige tombait et il était évident pour tous, c'est-à-dire tous, sauf moi, que je devrais bientôt m'acheter un manteau et des bottes d'hiver. J'ai été traumatisé en voyant le prix de ces articles. Pour le prix de mon manteau, j'aurais pu vivre très confortablement en Inde pendant des mois.

Le concept de vivre par la foi était difficile à accepter pour les parents de Gisela. Ce prêcheur de rue sans le sou, originaire de l'Inde, insistant qu'il voulait aller étudier, mais ne sachant trop où, demandait maintenant la main de leur fille. Mais un à un, les miracles se sont produits, et Dieu a pourvu à tous ces besoins.

Pour commencer, j'ai reçu une lettre de E.A. Gresham, un pur étranger de Dallas, au Texas. Il était le directeur régional de Fellowship of Christian Athletes (la confrérie des athlètes chrétiens). Un ami écossais lui avait parlé de moi et il m'a invité à venir étudier pour deux ans au Criswell Bible Institute (institut biblique Criswell) de Dallas, aux États-Unis. J'ai accepté et, avec l'argent qui me restait, j'ai réservé une place sur le vol le moins cher pour New York.

Ce vol s'avérerait être un autre miracle. N'étant pas au courant que j'avais besoin d'un visa d'étudiant, j'ai acheté un billet non remboursable. Si je manquais le vol, je perdais ma place et le billet.

Avec le petit peu de foi qu'il me restait, j'ai prié Dieu d'intervenir et de trouver un moyen pour que j'obtienne le visa. Pendant que je priais, un ami à Dallas a senti que Dieu le poussait à sortir de sa voiture, à retourner dans son bureau, à remplir les formulaires et à les apporter lui-même au bureau de poste. Par une série de « coïncidences » divines, les papiers sont arrivés quelques heures seulement avant l'heure limite.

Avant mon départ pour l'Amérique, Gisela et moi nous sommes fiancés. Cependant, je suis parti seul pour le séminaire, sans savoir quand nous nous reverrions.

Photo de K. P. Yohannan
Pasteur

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