Révolution dans les missions mondiales (Page 7 / 31)

Un e-book de K. P. Yohannan

« Dieu, fais qu'un de mes fils prêche! »

Les yeux d'Achyamma brûlaient de larmes salées, mais ce n'était pas à cause de la fumée ni des épices fortes qui s'échappaient de la casserole. Elle réalisait que le temps filait. Comme ses six fils grandissaient, elle n'aurait bientôt plus d'influence sur eux et aucun d'eux ne démontrait un intérêt pour le ministère de l'Évangile.

À l'exception du plus jeune, (j'étais connu sous le nom du petit « Yohannachan »), il apparaissait que tous ses enfants se dirigeaient vers un travail séculier. Mes frères semblaient se contenter de vivre et de travailler dans les alentours de notre village de Niranam au Kerala, dans le sud de l'Inde.

Elle priait désespérément : « Mon Dieu, fais qu'un de mes fils prêche! » Comme Anne et de nombreuses autres saintes femmes de la Bible, ma mère avait consacré ses enfants au Seigneur. Ce matin-là, pendant qu'elle préparait le petit déjeuner, elle a fait le serment de jeûner en silence jusqu'à ce que Dieu appelle un de ses fils à Son service. Chaque vendredi, pendant les trois années et demie qui ont suivi, elle a jeûné. Sa prière était toujours la même.

Mais il ne se passait rien. Finalement, il ne restait plus que moi, petit et maigre, le bébé de la famille. Il semblait peu probable que je prêche. Même si je m'étais levé lors d'une réunion d'évangélisation à l'âge de huit ans, j'étais timide et je gardais plutôt ma foi pour moi-même. Je ne démontrais aucun leadership et j'évitais les sports et tous les évènements scolaires. Me contentant d'un minimum de participation dans la vie de la famille et du village, j'étais une silhouette obscure qu'on remarquait à peine.

Puis, alors que j'avais seize ans, les prières de ma mère ont été exaucées. Une équipe d'Opération mobilisation est venue présenter à notre église le défi du lointain nord de l'Inde. Mon petit corps d'une quarantaine de kilos s'efforçait de saisir chaque mot que l'équipe disait en montrant des diapositives du nord.

Ils parlaient des lapidations et des coups qu'ils avaient reçus en prêchant Christ dans les villages païens du Rajasthan et du Bihar sur les plaines chaudes et arides du nord de l'Inde. Étant isolé du reste de l'Inde, derrière les hauts sommets des Monts Ghats occidentaux, je ne connaissais que les forêts riches et denses du Kerala, sur la côte Malabar. Et la communauté chrétienne dans cette région est la plus vieille de l'Inde. Elle a été fondée durant la période de commerce maritime du Golfe Persique, qui a permis à Saint Thomas de venir annoncer la Bonne Nouvelle en l'an 52 à Cranagore. D'autres Juifs y étaient déjà installés, étant arrivés 200 ans auparavant. Le reste de l'Inde semblait incroyablement loin au peuple de la côte sud-ouest, qui parle le malayalam, et je faisais aussi partie de ceux-là.

Pendant que l'équipe d'évangélistes traçait le portrait de la condition désespérée du reste du pays (500 000 villages sans témoins de l'Évangile), j'ai ressenti une grande tristesse pour les âmes perdues. Ce jour-là, j'ai pris l'engagement d'apporter la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ à tous ces étranges et mystérieux états du nord. Au défi de « tout abandonner et suivre Christ », j'ai fait en quelque sorte le grand pas, en acceptant de me joindre au groupe d'étudiants pour une courte croisade estivale dans les régions éloignées du nord de l'Inde.

Ma décision d'entrer dans le ministère est en grande partie due aux prières de ma mère. Même si je n'avais pas encore reçu ce qui s'avérerait plus tard être mon véritable appel du Seigneur, ma mère m'a encouragé à suivre mon cœur. Lorsque je lui ai fait part de ma décision, sans dire un mot, elle m'a donné 25 roupies, qui étaient le prix d'un billet de train. Je suis parti pour m'engager au siège social de la mission à Trivandrum.

C'est là que j'ai été repoussé pour la première fois. Parce que je n'avais pas l'âge requis, les directeurs ont refusé au début de me laisser aller dans le nord. Toutefois, on m'a permis d'assister à la conférence annuelle de formation à Bangalore au Karnataka. C'est lors de cette conférence que j'ai entendu pour la première fois George Verwer, un missionnaire très diplomate, qui m'a lancé le défi, comme jamais on ne l'avait fait auparavant, de m'engager à une vie de disciple extraordinaire et radicale. J'étais impressionné de voir comment Verwer avait fait passer la volonté de Dieu pour le service auprès du monde perdu avant sa carrière, sa famille et lui-même.

Seul dans mon lit, cette nuit-là, j'ai lutté contre Dieu et contre ma propre conscience. À deux heures du matin, mon oreiller était trempé de larmes et de sueur, et je tremblais de peur. Et si Dieu me demandait de prêcher dans les rues? Comment pourrais-je me lever et parler en public? Et si j'étais lapidé ou battu?

Je me connaissais trop bien. J'arrivais à peine à regarder un ami dans les yeux durant une conversation, comment ferais-je pour parler publiquement à des foules hostiles au nom de Dieu. Au moment où je prononçais ces paroles, j'ai réalisé que je réagissais de la même manière que Moïse l'avait fait quand il a reçu l'appel de Dieu.

Tout à coup, j'ai senti que je n'étais plus seul dans la chambre. Une grande sensation d'amour et d'être moi-même aimé remplissait la pièce. J'ai senti la présence de Dieu et je suis tombé à genoux à côté du lit.

« Seigneur Dieu, je parlerai en Ton nom, mais aide-moi à savoir que Tu es avec moi », lui ai-je dit d'une voix entrecoupée en me soumettant à sa présence et sa volonté.

Au matin, je me suis éveillé à un monde soudainement différent. En marchant dehors, les rues indiennes offraient la même scène qu'auparavant : des enfants couraient entre les jambes des gens et des vaches, les cochons et les poules se promenaient librement, et des vendeurs portaient sur leur tête des paniers de fruits et de fleurs aux couleurs vives. Je les aimais tous d'un amour surnaturel et inconditionnel jamais ressenti avant ce jour. C'était comme si Dieu avait enlevé mes yeux et les avait remplacés par les siens afin que je puisse voir les gens comme le Père céleste les voyait, c'est-à-dire perdus et dans le besoin, mais ayant un potentiel pour le glorifier et le refléter.

J'ai marché jusqu'à la gare d'autobus, les yeux remplis de larmes d'amour. Je savais que toutes ces personnes iraient toutes en enfer, et je savais que ce n'était pas ce que Dieu voulait. Soudainement, j'avais un tel fardeau pour ces foules que j'ai dû m'arrêter et m'appuyer contre un mur pour ne pas perdre l'équilibre. C'était cela : je savais que je ressentais le même amour que Dieu ressent pour toutes les âmes perdues de l'Inde. Son amour vibrait dans mon cœur, et j'arrivais à peine à respirer. J'étais très nerveux. Je faisais les cent pas impatiemment pour éviter de claquer des genoux.

« Seigneur, si tu veux que je fasse quelque chose, dis-le et donne-moi le courage d'agir », ai-je crié.

En ouvrant les yeux, j'ai vu une énorme pierre. J'ai su immédiatement que je devais monter dessus et prêcher à la foule à la station d'autobus. En grimpant, j'ai ressenti comme une force de 10 000 volts d'électricité passer à travers mon corps.

J'ai commencé par chanter un simple chant d'enfant. C'était tout ce que je connaissais. À la fin du chant, une foule se tenait au pied de la pierre. Je ne m'étais pas préparé à parler, mais tout à coup, Dieu a pris le pouvoir et a mis dans ma bouche ses mots d'amour. J'ai prêché l'Évangile aux pauvres comme Jésus l'avait ordonné à ses disciples. L'autorité et la puissance de Dieu coulaient en moi, me donnant une assurance surnaturelle. Des mots que je ne croyais pas connaître sortaient de ma bouche avec une force qui venait clairement d'en haut.

Des membres de l'équipe d'évangélistes sont venus m'écouter. On n'a plus jamais remis en question mon âge et mon appel. C'était en 1966, et j'ai voyagé avec les équipes d'évangélisation pendant les sept années suivantes. Nous avons voyagé partout dans le nord de l'Inde, ne restant jamais bien longtemps dans un même village. Partout où nous allions, je prêchais dans les rues tandis que les autres distribuaient des livres et des tracts. Occasionnellement, dans les petits villages, nous allions témoigner de maison en maison.

Mon amour pressant et irrésistible pour les pauvres villageois de l'Inde ne cessait de grandir avec les années. Les gens ont même commencé à me surnommer « Gandhi Man », en référence au père de l'Inde moderne, Mahatma Gandhi. Comme lui, j'ai réalisé, sans qu'on ait jamais eu à me le dire, que, si les villageois de l'Inde devaient un jour connaître l'amour de Jésus, il fallait que cela leur soit annoncé par des natifs à la peau brune qui les aimaient.

À mesure que je lisais les évangiles, il est devenu clair pour moi que Jésus comprenait bien le principe d'atteindre les pauvres. Il évitait les grandes villes, les gens riches, célèbres et puissants, concentrant son ministère sur la pauvre classe ouvrière. Si nous atteignons les pauvres, nous aurons touché la grande majorité des gens de l'Asie.

La guerre contre la faim et la pauvreté sont vraiment un combat spirituel, et non une lutte d'ordre physique ou social comme le monde séculier voudrait bien nous le faire croire.

La seule arme qui permettra de vaincre efficacement la maladie, la faim, l'injustice et la pauvreté en Asie, c'est l'Évangile de Jésus-Christ. Regarder dans les yeux tristes d'un enfant affamé ou voir la vie gâchée d'un toxicomane, c'est voir l'évidence de l'emprise de satan sur ce monde. Tout ce qui est mal, que ce soit en Asie ou en Amérique, est l'œuvre de ses mains. Il est l'ennemi juré de l'humanité, et il fera tout son possible pour tuer et détruire les êtres humains. Combattre ce puissant ennemi par des moyens physiques reviendrait à essayer de se battre contre un char d'assaut avec des cailloux.

Je n'oublierai jamais l'une des plus dramatiques rencontres que j'ai eues avec ces puissances démoniaques. C'était par une journée très chaude et particulièrement humide de 1970. Nous prêchions dans l'état du Rajasthan dans le nord-ouest de l'Inde, le « désert des rois ».

Comme c'était notre habitude avant une réunion de rue, mes sept confrères et moi nous tenions en cercle, chantant et tapant des mains au rythme de cantiques chrétiens traditionnels. Une foule considérable s'était réunie, et j'ai commencé à parler en hindi, la langue locale. Plusieurs entendaient l'Évangile pour la première fois et acceptaient avec empressement nos petits évangiles et nos tracts.

Un jeune homme est venu me voir et m'a demandé un livre. En lui parlant, j'ai senti dans mon esprit qu'il avait faim de connaître Dieu. Au moment où nous allions monter à bord de notre camionnette, il a demandé de venir avec nous.

Quand la camionnette s'est mise en marche, le jeune homme a commencé à hurler et à gémir : « Je suis un ignoble pécheur! Comment puis-je rester assis parmi vous? » Et puis, il a tenté de sauter de la camionnette en marche. Nous l'avons saisi et retenu sur le plancher pour l'empêcher de se blesser.

Ce soir-là, il est resté dans notre camp et, le lendemain matin, il est venu prier avec nous. Subitement, pendant notre prière, nous avons entendu un grand cri. Le jeune homme était étendu par terre, la langue pendante et les yeux tournés à l'envers.

En tant que chrétiens dans une nation païenne, nous avons tout de suite su qu'il était possédé d'un démon. Nous avons formé un cercle autour de lui et avons commencé à prendre autorité sur les puissances de l'enfer qui parlaient par sa bouche.

« Nous sommes 74… depuis sept ans, nous l'avons fait marcher pieds nus d'un bout à l'autre de l'Inde. Il nous appartient… » Et les démons ont poursuivi, nous provoquant et défiant notre autorité en blasphémant et en injuriant.

Mais pendant que trois d'entre nous priaient, les démons ne réussissaient plus à maintenir leur emprise sur le jeune homme. Ils sont sortis lorsque nous leur avons ordonné de partir au nom de Jésus.

Sundar John a été délivré, a donné sa vie à Jésus et s'est fait baptiser. Plus tard, il est allé à l'école biblique. Depuis, le Seigneur a permis qu'il enseigne et qu'il parle de Christ à des milliers de personnes. Plusieurs Églises locales ont été fondées grâce à son remarquable ministère. Et tout cela a commencé avec un homme que bien des gens auraient fait enfermer dans un hôpital psychiatrique. Il y a littéralement des millions de personnes comme lui en Asie, trompées par des démons et esclaves de leurs horribles passions et désirs charnels.

Des miracles comme celui-là m'ont aidé à aller de village en village durant mes sept années de ministère itinérant. Nos vies ressemblaient aux histoires du livre des Actes des apôtres. La plupart du temps, nous dormions dans des fossés entre les villages, où nous étions relativement en sécurité. Dormir dans des villages païens nous aurait exposés à de sérieux dangers. La présence de notre équipe suscitait toujours de l'émoi, et nous avons même été lapidés et battus à quelques reprises.

Les équipes d'évangélisation mobiles avec lesquelles je voyageais, et que j'ai souvent dirigées, étaient comme une famille pour moi. Cette vie de bohème, et l'abandon total à la cause de Christ qu'exige la vie d'un évangéliste itinérant commençait à me plaire. Nous étions persécutés, haïs et méprisés. Néanmoins, nous avons continué, sachant que nous tracions un chemin pour l'Évangile dans des régions où personne n'avait encore rencontré Christ.

La ville de Bhundi au Rajasthan est un de ces endroits. C'est dans cette ville que, pour la première fois, j'ai été battu et lapidé pour avoir prêché l'Évangile. Souvent, on détruisait nos livres et nos tracts. Il semblait que des foules étaient toujours aux aguets autour de nous, et on a interrompu six de nos rencontres. Nos chefs d'équipes sont partis prêcher ailleurs, évitant autant que possible la ville de Bhundi. Trois ans plus tard, une nouvelle équipe de missionnaires natifs de l'Asie, sous un autre leadership, est venue s'installer dans la région et a recommencé à prêcher dans ce carrefour passant.

Aussitôt qu'ils sont arrivés dans la ville, un homme s'est mis à déchirer leur documentation et a pris à la gorge un jeune missionnaire de 19 ans, du nom de Samuel. Quoique sévèrement battu, Samuel s'est agenouillé au milieu de la rue et a prié pour le salut des gens dans cette ville hostile.

« Seigneur, a-t-il prié, je veux revenir te servir ici à Bhundi. Je suis prêt à mourir ici, mais je désire revenir te servir dans ce lieu. » Plusieurs leaders chrétiens plus âgés lui ont déconseillé de faire cela, mais il était bien déterminé. Il est retourné à Bhundi et a loué une petite chambre. Il a reçu des cargaisons de documentation et a prêché en dépit de nombreuses difficultés. Aujourd'hui, plus de cent personnes se réunissent dans une petite église de la région. Ceux qui, à l'époque, nous avaient persécutés, adorent maintenant le Seigneur Jésus, tout comme c'était le cas pour l'apôtre Paul.

C'est le genre d'engagement et de foi qui est nécessaire pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ au monde.

En une occasion, nous sommes arrivés dans une ville au lever du jour pour prêcher, mais on nous attendait déjà. Les gens du village où nous avions prêché la veille les avaient prévenus de notre arrivée. En prenant le thé du matin dans une cantine, le chef politique de la place m'a approché poliment. D'une voix grave, qui traduisait peu d'émotion, il a dit :

« Vous avez cinq minutes pour prendre votre véhicule et partir d'ici, sinon, nous vous brûlerons avec votre camion. »

Je savais qu'il était sérieux, il était accompagné d'une foule menaçante. Même si ce jour-là nous avons « secoué la poussière de nos pieds », aujourd'hui il y a une église dans ce village. Nous devons prendre des risques si nous voulons semer l'Évangile.

Pendant des mois, j'ai voyagé sur les routes poussiéreuses dans la chaleur du jour et j'ai frissonné durant les nuits froides, souffrant comme des milliers de missionnaires natifs souffrent aujourd'hui pour apporter l'Évangile aux perdus. Bien des années après cela, en repensant à ces sept années d'évangélisation dans les villages, j'ai constaté qu'elles représentaient l'une des plus grandes expériences d'apprentissage de ma vie. Nous marchions dans les pas de Jésus, l'incarnant et le présentant aux multitudes qui n'avaient encore jamais entendu l'Évangile.

Ma vie était frénétique; j'étais trop occupé et émerveillé par l'œuvre de l'Évangile pour vraiment réfléchir à l'avenir. Il y avait toujours une autre croisade à venir. Mais j'arrivais à un tournant de ma vie.

Photo de K. P. Yohannan
Pasteur

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