Révolution dans les missions mondiales (Page 11 / 31)

Un e-book de K. P. Yohannan

Que fais-tu ici?

La Bible dit que « l'un plante » et « un autre arrose ». Le Dieu vivant m'avait maintenant amené à l'autre bout du monde pour m'apprendre à arroser.

Avant qu'Il ne me fasse à nouveau confiance pour planter, je devais apprendre la leçon que j'avais toujours évitée en Inde : l'importance de l'Église locale dans le plan de Dieu pour l'évangélisation mondiale.

Tout a commencé par une coïncidence étrange, un rendez-vous divin que seul un Dieu souverain pouvait concevoir. À l'époque, j'étais étudiant en théologie à l'institut biblique de Criswell. Grâce à la bourse que Dieu m'avait miraculeusement accordée, je pouvais approfondir ma connaissance de la Parole de Dieu comme jamais auparavant. Pour la première fois de ma vie, je faisais une étude sérieuse et approfondie de la Bible, qui me révélait plusieurs de ses secrets.

Gisela et moi nous sommes mariés à la fin de mon premier trimestre et elle est venue me rejoindre en octobre 1974. À l'exception des quelques week-ends où j'ai accepté de prêcher et de parler de l'Asie, j'étais totalement absorbé par mes études et l'organisation de notre nouvelle demeure. Un jour, un étudiant m'a invité à venir prêcher à Dallas, dans la petite église où il était pasteur. Même si c'était une congrégation américaine, elle comptait plusieurs membres amérindiens.

Gisela en était vraiment ravie parce qu'elle avait prié pendant une bonne partie de son enfance pour devenir missionnaire parmi les « Indiens » qui habitaient les Grandes Plaines de l'Amérique du Nord. Alors que les autres filles rêvaient de mariage et du « prince charmant », elle priait pour œuvrer au sein des amérindiens. À ma grande surprise, j'ai appris qu'elle avait lu et conservé plus d'une centaine de livres sur l'histoire des américains d'origine.

Étonnamment motivé par cette petite communauté, j'ai prêché de tout mon cœur. Jamais je n'ai fait mention de ma vision et de mon fardeau pour l'Asie. Au lieu de cela, j'ai expliqué l'Écriture, verset par verset. Un grand amour pour ces gens naissait en moi.

Je ne le savais pas encore, mais mon ami pasteur avait remis sa démission cette même journée. Les diacres m'ont invité à revenir la semaine suivante, et les deux autres qui ont suivi. Dieu nous a donné un amour surnaturel pour ces gens, et ils nous aimaient également. À la fin de ce mois, le conseil de l'Église m'a demandé de devenir leur pasteur. J'avais alors 23 ans. Gisela et moi avons accepté, et aussitôt mon cœur a débordé d'amour pour ces personnes.

Plus d'une fois, à ma plus grande honte, je me suis rappelé à quel point j'avais détesté les pasteurs et leurs difficultés lorsque je vivais en Inde. Maintenant que je rétablissais des relations, guérissais des âmes blessées et tenais un groupe dans l'unité, je voyais les choses sous un tout autre jour. Certains problèmes auxquels les enfants de Dieu font face sont les mêmes sur toute la surface de la terre, alors, je prêchais contre le péché et en faveur d'une vie sainte. Pour les autres problèmes, comme le divorce (une épidémie dans le monde occidental, mais presque inexistant en Inde à mon arrivée en Amérique), je n'étais pas du tout préparé à les affronter.

Même si je pesais maintenant 48 kilos, je me suis presque effondré en baptisant un nouveau converti qui en pesait 113. Constamment, des gens venaient à Christ avec le résultat que notre Église ne cessait de grandir et de gagner des âmes, au point où nous tenions des réunions six soirs par semaine.

Les jours se sont vite transformés en mois. Quand je n'étais pas en classe, j'étais avec les gens de mon Église, me donnant à eux de la même manière que je l'avais fait en prêchant dans les villages du nord de l'Inde. Nous avons appris à aller voir les gens chez eux, à rendre visite aux malades hospitalisés, à célébrer des mariages et des funérailles. Comme il y avait dans la congrégation un mélange de diverses tribus d'amérindiens en plus des anglo-américains, nous nous sommes retrouvés à pourvoir simultanément aux besoins de plusieurs cultures.

La stabilité spirituelle et la capacité de faire des disciples étaient des aspects manquants de mon ministère en Inde. Je comprenais maintenant pourquoi j'avais échoué dans le Punjab. Organiser des croisades d'évangélisation et amener les gens à Christ n'est pas suffisant. Quelqu'un doit rester pour aider les nouveaux croyants à croître en maturité.

Pour la première fois, je comprenais le but de toute œuvre missionnaire : le « perfectionnement des saints » en vue d'en faire de disciples consacrés à Christ. Jésus nous a ordonné d'aller vers toutes les nations, pour les baptiser et leur enseigner à observer tout ce qu'Il avait prescrit. L'équipe d'évangélisation que j'avais dirigée en Inde y était allée, mais nous n'étions pas restés pour enseigner.

Dieu a décidé que les disciples devaient être formés au sein de l'Église (les croyants). Le plan de Dieu pour la rédemption du monde passe par l'Église et Dieu n'a prévu aucun autre plan.

Alors que je servais comme berger d'une Église locale, le Seigneur m'a révélé que les missionnaires natifs, les hommes et les femmes qui doivent évangéliser les peuples cachés de l'Asie, doivent posséder les mêmes qualités qu'un pasteur en Amérique.

Dans mon esprit, je voyais les mêmes concepts de formation de disciples implantés en Inde et en Asie. Tout comme les premiers Méthodistes l'avaient fait le long des frontières américaines à leur arrivée sur ce continent, je pouvais voir nos évangélistes implanter des églises en plus de faire de l'évangélisation.

Mais en même temps que je saisissais cette idée, je réalisais qu'il faudrait que le peuple de Dieu se lève en très grand nombre pour réaliser cette tâche. En Inde seulement, 500'000 villages sont sans témoins évangéliques. Et la Chine, l'Asie du Sud-Est et les îles environnantes sont dans la même situation. Il faudrait un million d'ouvriers pour accomplir cette oeuvre.

Cette idée était trop grande pour moi, alors, je l'ai chassée de mon esprit. Après tout, me suis-je dit, Dieu m'avait appelé dans cette petite église de Dallas, et Il bénissait mon ministère. Je commençais à me sentir bien à l'aise dans cet endroit. L'Église nous soutenait bien financièrement et, avec un premier bébé qui naîtrait bientôt, j'en étais venu à accepter le style de vie des Occidentaux, avec une maison, une automobile, des cartes de crédit, des polices d'assurance et des comptes bancaires.

Je poursuivais mes études tout en me préparant à faire croître l'Église spirituellement. Mais j'étais de moins en moins en paix avec l'idée de rester à Dallas. Vers la fin de 1976 et au début de 1977, chaque fois que je me tenais derrière la chaire, j'entendais une voix accusatrice qui disait : « Que fais-tu ici? Tu prêches à des américains qui vivent dans l'abondance tandis que des millions d'asiatiques s'en vont en enfer. As-tu oublié ton peuple? »

Un terrible conflit a fait rage en moi. Je n'arrivais pas à reconnaître la voix. Était-ce Dieu? Était-ce ma propre conscience? Était-ce une voix démoniaque? Désespéré, j'ai décidé d'attendre que Dieu me dévoile son plan. Nous étions prêts à aller n'importe où et à faire n'importe quoi, mais nous voulions entendre la voix de Dieu. Je n'arrivais plus à travailler avec cette voix qui me tourmentait. J'ai annoncé à l'Église que je priais, et j'ai demandé à mes frères et sœurs de prier avec moi, afin de connaître quelle était la volonté de Dieu pour mon avenir. « Je ne sais pas si Dieu veut que je reste aux États-Unis ou que je retourne en Inde », leur ai-je avoué.

Je me demandais : « Qu'est-ce que Dieu essaie de me dire? » Pendant que je priais et jeûnais, Dieu s'est révélé à moi dans une vision qui m'est revenue plusieurs fois avant que j'en comprenne le sens. Je voyais devant moi des visages d'hommes et de leur famille qui venaient de différentes régions d'Asie. Ces visages étaient ceux de femmes et d'hommes saints, qui exprimaient la dévotion. Petit à petit, j'ai commencé à comprendre que ces personnes étaient l'image de l'Église indigène qui se lève actuellement pour apporter l'Évangile d'un bout à l'autre de l'Asie. Après cela, le Seigneur m'a dit : « Ils sont incapables de dire ce que tu diras. Ils n'iront pas où tu iras. Tu es appelé à être leur serviteur. Tu dois aller où Je t'enverrai en leur nom. Tu es appelé à être leur serviteur. »

De la même manière que l'éclair remplit le ciel lors d'un orage, j'ai vu ma vie entière défiler devant moi en un instant. Je n'avais jamais parlé anglais avant l'âge de 16 ans, et maintenant je prêchais dans cette langue étrangère. Je n'avais jamais porté de chaussures avant l'âge de 17 ans. Je suis né et j'ai grandi dans un village de la jungle. Soudainement, j'ai réalisé que je n'avais aucune raison d'être fier; mes talents et mes habiletés ne m'avaient pas amené en Amérique. C'était par la volonté et la puissance de Dieu que j'étais ici. Il voulait que je croise des cultures, que j'épouse une allemande et que je vive dans un pays étranger pour y acquérir les compétences qui me seraient utiles pour servir dans un nouveau mouvement missionnaire.

Dieu m'a dit : « Je t'ai conduit jusqu'ici. L'appel de ta vie, c'est d'être le serviteur de frères inconnus, des hommes que j'ai choisis et éparpillés dans plusieurs villages d'Asie. »

Sachant que je venais enfin de découvrir l'appel de ma vie, je me suis précipité pour aller partager ma nouvelle vision avec les dirigeants de mon Église et les directeurs de sociétés missionnaires. À mon grand étonnement, Dieu semblait avoir oublié de le dire à d'autres que moi.

Mes amis croyaient que j'étais devenu fou. Les dirigeants de missions doutaient tantôt de mon intégrité tantôt de mes compétences, et parfois même des deux. Des leaders d'Églises en qui j'avais confiance, passaient leur bras autour de mes épaules, comme un père, me conseillant de ne pas céder sous le coup de l'émotion. D'un coup, après une simple annonce, je me retrouvais tout seul, forcé de me défendre contre les attaques qu'on me lançait.

Je sais que, si je n'avais pas attendu de recevoir un appel clair, je me serais effondré en affrontant ces premières tempêtes d'incrédulité et de doute. Mais je demeurais convaincu de mon appel, certain que Dieu faisait lever un nouveau jour dans les missions mondiales. Toutefois, personne d'autre ne semblait partager mon enthousiasme.

Secrètement, je m'étais enorgueilli du fait que j'étais un orateur convaincant, mais rien de ce que disais ou faisais ne réussissait à changer l'opinion publique. Quand j'essayais de faire comprendre qu'on doit mettre « le vin nouveau dans des outres neuves », on me demandait : « Où est le vin nouveau?

Gisela était la seule à m'apporter un peu de réconfort. Elle avait travaillé avec moi en Inde, et elle a accepté la vision sans poser de questions. Dans les moments de découragement, quand même ma foi était faible, elle refusait d'abandonner la vision. Repoussés, mais certains d'avoir bien entendu l'appel de Dieu, nous avons planté les premières graines.

J'ai écrit à un vieil ami en Inde en qui j'avais confiance, afin qu'il sélectionne pour moi des missionnaires natifs dans le besoin et qui accomplissaient déjà un travail remarquable. J'ai promis de venir le voir plus tard, et nous avons commencé à planifier un voyage afin de trouver d'autres ouvriers qualifiés.

Lentement, nous avons commencé à envoyer une partie de nos revenus personnels et de nos économies pour soutenir des missionnaires en Inde. J'étais devenu obsédé. Je n'étais même plus capable d'acheter un hamburger ou une boisson gazeuse sans me sentir coupable. Réalisant que nous étions tombés dans le piège du matérialisme, nous avons vendu tout ce que nous pouvions, avons retiré nos économies de la banque et encaissé mon assurance-vie. Je me suis souvenu d'un de mes professeurs du séminaire qui nous avait enseigné à mettre de l'argent de côté chaque mois pour les urgences, à acheter une assurance-vie et à investir dans une maison. Mais je ne voyais rien de cela dans les commandements de Jésus. Pourquoi nous disait-on de mettre de l'argent sur des comptes en banque alors que Jésus disait de ne pas amasser de trésors ici-bas?

« Ne vous ai-je pas commandé de vivre par la foi? », m'a demandé le Saint-Esprit.

Gisela et moi, nous sommes donc conformés aux commandements de Christ concernant l'argent et les biens matériels. J'ai même échangé mon automobile récente contre une voiture d'occasion de moindre valeur. Nous avons envoyé la différence directement en Inde. C'était une joie de faire ces petits sacrifices pour les frères de ma patrie. De plus, je savais que c'était la seule façon de lancer la mission.

Comprenez que ce n'est pas mal en soi d'avoir des polices d'assurance et des comptes d'épargne. C'est ce que le Seigneur a demandé à notre famille. Ce qu'il vous demande est peut-être très différent. L'important, c'est que chacun de nous est responsable de la façon dont il suit le Seigneur et lui obéit.

Ce qui m'a gardé dans ces premiers jours, c'était la certitude qu'il n'y avait pas d'autre moyen. Même si les gens ne comprenaient pas que nous devions commencer un mouvement missionnaire, je me sentais obligé de répondre à l'appel de Dieu. Je savais que les missions occidentales ne pouvaient pas accomplir le travail à elles seules. Puisque ma nation et de nombreuses autres étaient fermées au monde extérieur, il nous fallait nous tourner vers les croyants natifs de ces pays. Même si on permettait un jour aux missionnaires de l'ouest de revenir, il en coûterait des milliards de dollars annuellement pour les envoyer. Les missionnaires natifs de l'Asie pouvaient en faire autant pour une fraction du coût.

Je n'ai jamais dit à personne que j'aurais un jour besoin d'autant d'argent. On me considérait déjà fou de penser que je pourrais moi-même soutenir entre huit et dix missionnaires par mois avec mon salaire. Que penseraient les gens si je leur disais que j'avais besoin de millions de dollars par année pour envoyer des missionnaires natifs en mission? Toutefois, je savais que c'était possible. Beaucoup de sociétés missionnaires et d'œuvres de bienfaisance dans le monde occidental administrent déjà des budgets de cette envergure. Je ne voyais pas pourquoi nous ne pourrions pas en faire autant.

Mais aussi logique que tout cela puisse paraître, j'avais des leçons amères à apprendre. Implanter une société missionnaire nécessiterait énormément plus d'énergie et de capital de démarrage que je n'aurais pu l'imaginer. Sans que je le sache, j'avais beaucoup à apprendre sur la façon dont on faisait les choses aux États-Unis. Je ne savais qu'une chose : je devais le faire.

Avec l'entrain de la jeunesse, Gisela et moi sommes allés en Inde pour effectuer une première évaluation des lieux. Un mois plus tard, nous sommes revenus chez nous sans un sou, mais décidés à organiser ce qui deviendrait plus tard Gospel for Asia.

Peu après notre retour, j'ai fait part de ma décision à la congrégation. Avec difficulté, nous avons coupé les liens fraternels et avons fait des plans pour déménager à Eufaula en Oklahoma, où un ami pasteur m'avait offert des natifs gratuits pour aménager les bureaux de la mission.

J'ai prêché mon sermon d'adieu à l'église avec les larmes aux yeux. Après un dernier au revoir et une dernière poignée de main, j'ai verrouillé la porte et j'ai fait une pause sur les marches. J'ai senti la main de Dieu soulever un poids de mes épaules. Dieu me libérait du fardeau de cette église et des gens de l'endroit. En traversant lentement l'entrée de gravier, le dernier mystère du service chrétien prenait un sens réel pour moi.

Les pasteurs, tout comme les missionnaires évangélistes, sont envoyés par Dieu dans ses champs de récolte. Personne n'a jamais été appelé à remplir ce genre de fonction par l'entremise d'une société missionnaire, d'une dénomination, d'un évêque, d'un pape ou d'un surintendant. À Gospel for Asia, je n'aurais jamais la présomption d'appeler un frère au service, mais je suis plutôt le serviteur de ceux que Dieu a déjà choisis pour le servir.

Après m'être installé en Oklahoma, j'ai consulté des dirigeants chrétiens expérimentés, écoutant attentivement tous ceux qui voulaient bien me donner des conseils. Partout où j'allais, je posais des questions. Je savais que Dieu m'avait appelé et une grande partie des suggestions que je recevais étaient destructrices. Je me suis rendu compte qu'il nous fallait apprendre la plupart de nos leçons en faisant des essais et des erreurs souvent pénibles. J'ai échappé à quelques décisions qui auraient pu être désastreuses, uniquement parce que je refusais obstinément de compromettre l'appel que j'avais reçu de Dieu. Si quelque chose concordait avec ce que Dieu m'avait dit, je l'essayais. Sinon, même si ce qu'on me proposait était très alléchant, je refusais. J'ai découvert que le secret dans l'accomplissement de la volonté de Dieu repose sur le choix de rejeter le bien en faveur de ce que Dieu a de meilleur à offrir.

Il y a tout de même un conseil que j'ai gardé. Chaque dirigeant chrétien devrait avoir ceci gravé dans son subconscient : quoi qu'on fasse, il ne faut jamais se prendre trop au sérieux. Paul Smith, fondateur de Bible Translations on Tape, a été le premier directeur à me dire cela, et je crois que c'est un des conseils les plus sages que j'ai jamais reçus de quelqu'un. Dieu choisit toujours les choses folles du monde pour confondre les sages. Il révèle sa puissance uniquement à ceux qui lui font confiance. Tout service chrétien commence dans l'humilité.

Photo de K. P. Yohannan
Pasteur

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